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Etat et Numérique : le grand bond en avant


En peu de temps, l’État a annoncé un nombre certain de mesures et d’initiatives en faveur du numérique pour le public comme pour le privé.

Anne Le Hénanff est ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique. - © D’après Alexandros Michailidis / Union Européenne / Wikipedia
Anne Le Hénanff est ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique. - © D’après Alexandros Michailidis / Union Européenne / Wikipedia

La fin du mois de janvier 2026 a été riche en annonces de l’État relatives au développement du numérique. Ces annonces et initiatives se sont succédé en quelques jours et concernent aussi bien le développement du numérique d’État et du secteur public que des mesures au profit de l’ensemble de l’écosystème voire plutôt orientées vers le secteur privé. Cette succession en un temps aussi court peut surprendre mais les turbulences politiques peuvent aussi simplement avoir provoqué une concentration des annonces et une accumulation artificielle de celles-ci dans leurs publications.

On peut bien sûr citer, pour commencer, lundi 26 janvier 2026, la généralisation de la solution de visioconférence de La Suite Numérique dans l’ensemble des administrations d’État. Le déploiement de cette Suite Numérique progresse également fortement avec, en particulier, l’annonce précédente, le 13 janvier 2026 : une convention signée pour un usage global de La Suite Numérique au sein du Ministère des Armées.

Lancement d’un Tour de France pour le numérique

Les collectivités locales ne sont pas oubliées. Ainsi, le 30 janvier 2026, à l’occasion du septième Congrès National des élus au numérique organisé par l’association Villes Internet, le Tour de France de la Transformation Numérique des Territoires (TNT) a été lancé. Le jour même, la première étape de ce TdF TNT a eu lieu à Agen. Les partenaires animant le TdF TNT couvrent tout le spectre nécessaire avec, côté public, la Direction interministérielle du numérique (DINUM), l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), Cybermalveillance.gouv.fr, l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE) et la Direction générale des finances publiques (DGFiP) ainsi que quatorze associations représentatives des collectivités territoriales.

Le TdF TNT a trois objectifs. D’abord, il s’agit du partage autour des orientations stratégiques de la nouvelle feuille de route Transformation Numérique des Territoires 2025-2027, le programme TNT lui-même ayant été lancé en 2021. En deuxième lieu, le TdF TNT vise à la valorisation de l’offre de produits et services numériques de l’État en apportant des solutions concrètes aux besoins des collectivités sur des sujets majeurs tels que la cybersécurité, l’accessibilité numérique ou la mise à disposition d’outils souverains, sécurisés et interopérables. Enfin, il s’agit de fédérer les écosystèmes locaux en renforçant les coopérations entre les acteurs nationaux, les élus, les agents territoriaux ainsi que les structures de la société civile. Chaque étape d’une journée comprend une plénière de présentation par chaque partenaire suivie d’ateliers de travail en commun.

Cybersécurité et sécurité nationale

Jeudi 29 janvier, Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, a dévoilé, au Campus Cyber Bordeaux Nouvelle-Aquitaine, la Stratégie Nationale de Cybersécurité 2026-2030. Celle-ci concerne l’ensemble de l’écosystème numérique, tant public que privé et vise à faire de la France une super-puissance du cyber-espace. Cette stratégie comporte cinq piliers. Tout d’abord, les ressources humaines avec « Faire de la France le plus grand vivier de talents cyber d’Europe ». Ce pilier comporte évidemment des mesures autour de la formation et de l’acculturation. Il s’agit aussi de « Renforcer la résilience cyber de la Nation ». On est là davantage dans la cyber-guerre qui devient aujourd’hui un pan à part entière des affrontements entre pays.

Logiquement, le troisième pilier est « Entraver l’expansion de la cybermenace » qui vise à décourager les agressions cyber et mobiliser les acteurs privés en faveur de la cyberdéfense de la Nation. En lien avec la maîtrise technologique et la souveraineté IT, le quatrième pilier consiste à « Garder la maîtrise de la sécurité de nos fondements numériques », avec de l’investissement mais aussi de la structuration de l’offre. Enfin, le cinquième pilier est « Soutenir la sécurité et la stabilité du cyberespace en Europe et à l’international », une dimension de coopération européenne sur la protection du cyberespace.

Souveraineté, résilience et datacenters

Le secteur privé lui-même n’est pas oublié. Egalement le lundi 26 janvier 2026, le site de Bercy a accueilli les Rencontres de la Souveraineté Numérique. Celles-ci ont débuté par la présentation de l’Indice de Résilience Numérique. Issu de travaux menés notamment avec le Cigref, cet indice est aujourd’hui porté par l’association Digital Resilience Initiative, dont Olivier Sichel, directeur général du Groupe Caisse des Dépôts, est Président d’honneur. Outre l’intervention de celui-ci, le colloque a été l’occasion d’interventions des trois concepteurs de l’indice, l’entrepreneur et auteur David Djaiz, le Président co-fondateur de Probabl Yann Lechelle et le délégué général de Digital New Deal Foundation, Arno Pons. La journée s’est achevée par la présentation de l’Observatoire de la Souveraineté Numérique, réalisée par Clément Beaune, actuellement Haut Commissaire à la Stratégie et au Plan, ancien ministre de l’Europe et des Transports.

Enfin, le 30 janvier 2026, toujours à Bercy, les Rencontres des Centres de Données ont, un an après le Sommet pour l’action sur l’IA, traité un sujet bien concret. L’IA, c’est sans doute bien. Mais il faut des datacenters pour la permettre ! Et ceux-ci ne jaillissent pas du sol par magie. Les Rencontres des Centres de Données ont été pilotées par la Direction Générale des Entreprises (DGE) et ont accueilli RTE (le transporteur d’électricité du groupe EDF) et Business France. Le ministère de l’intelligence artificielle et du numérique indique que « à ce jour, 63 sites ont été identifiés comme adaptés à l’implantation de centres de données, au regard de la disponibilité foncière, des capacités de raccordement électrique et de l’acceptabilité locale. » La question de l’énergie, rappelons-le, est en effet fondamentale vue la consommation des datacenters. « Cinq sites dits ‘fast track’ présentent un potentiel de raccordement électrique supérieur à 700 MW dans un délai de trois à quatre ans : à Escaudain (Hauts-de-France), au Bosquel (Hauts-de-France), au Grand Port Maritime de Dunkerque (Hauts de France), à Fouju (Île-de-France) et à Montereau (Île-de-France). » Une Task Force de l’État, réunissant la DGE, Business France et RTE, accompagne les porteurs de projets autour de quatre axes de travail : le raccordement électrique, l’exemplarité environnementale, le renforcement des relations avec les collectivités territoriales et la valorisation d’une chaîne de valeur souveraine, créatrice d’emplois et de compétences en France.