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Zina Imegaline (ADP) : « le process reste même si, demain, l’outil change »


Le groupe ADP gère les aéroports à moins de cinquante kilomètres de Paris et est présent mondialement. Face à la crise Covid-19, il a développé sa démarche data et créé une data factory. Le programme est aujourd’hui achevé dans sa première phase. Zina Imegaline, Head of Data Factory & Data Management du groupe ADP, nous explique ici les approches du groupe.

Zina Imegaline est Head of Data Factory & Data Management du groupe ADP. - © Républik IT / B.L.
Zina Imegaline est Head of Data Factory & Data Management du groupe ADP. - © Républik IT / B.L.

Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est le groupe ADP ?

Le groupe ADP est gestionnaire des aéroports parisiens (Paris-CDG, Paris Orly, Le Bourget) et des aérodromes d’aviation civile situés à moins de cinquante kilomètres de Paris. Il est également présent à l’international avec un chiffre d’affaires de près de 6,1Md€ réparti en quatre pôles : activités aéronautiques, commerces et services, immobilier, International et développement aéroportuaire.

Le groupe ADP opère aujourd’hui 25 aéroports dans le monde. Comme beaucoup d’acteurs d’infrastructures critiques, il a été confronté à une double réalité au moment de la crise sanitaire : une forte dépendance à la donnée pour piloter l’activité, et une organisation data encore fragmentée, marquée par des outils redondants et une gouvernance insuffisamment structurée. C’est dans ce contexte qu’a émergé une conviction forte : la valeur ne viendrait pas d’un nouvel empilement technologique, mais d’un changement profond des processus, des méthodes et des compétences.

Nous avons 6000 collaborateurs à Paris, 30 000 dans le monde.

Comment sont organisées les fonctions IT et data ?

Rattachée à la Direction Numérique et Transformation, la fonction data du groupe s’est progressivement structurée autour d’une entité centrale : la Data Factory. Elle regroupe l’ensemble des rôles data — data management, gouvernance, data visualisation, intelligence artificielle — et agit comme un point de passage obligé pour tout projet numérique. Chaque initiative est analysée sous l’angle de la donnée, de sa qualité, de sa valeur potentielle et de ses contraintes réglementaires. L’infrastructure, quant à elle, reste pilotée par les opérations IT, dans une logique de séparation claire des responsabilités.

Par contre, tout ce qui relève des infrastructures data est géré côté opérations IT.

Nous nous appuyons sur la fonction finances pour notre FinData.

Quels sont les types de projets que vous gérez ?

Cette organisation répond à un principe simple : la data doit servir les métiers, mais selon des règles communes. Les projets sont priorisés en fonction de la valeur attendue, puis soumis à des phases d’idéation destinées à tester rapidement leur pertinence. L’amélioration de la qualité du wifi dans les aéroports, par exemple, a été abordée comme un sujet data à part entière, en lien direct avec l’expérience passager et le classement Skytrax.

Quelle est l’architecture technique pour exploiter la data chez ADP ?

Sur le plan technique, ADP a fait le choix d’une architecture hybride, combinant on-premise et cloud, afin de répondre aux fortes exigences de sécurité, de souveraineté et de conformité réglementaire. Mais très vite, une évidence s’est imposée : sans gouvernance solide, la technologie seule ne crée pas de valeur. Le passage d’un simple dictionnaire Excel à un véritable data catalog a constitué une étape clé, permettant de structurer la qualité des données, de cartographier celles qui sont réellement stratégiques et d’éviter une approche exhaustive sans bénéfice métier.

Vous venez d’achever le Programme Data 2025. De quoi s’agissait-il ?

Cette démarche s’est concrétisée dans le Programme Data 2025. Lancé officiellement en 2024 pour une durée de 18 mois, il s’inscrit en réalité dans un effort engagé dès 2021, à la sortie de la crise Covid. À l’époque, l’équipe data comptait trois personnes, tandis que les outils s’étaient multipliés sans cohérence globale.

Il a fallu à la fois rationaliser, recruter et former. Le programme a également été l’occasion de poser un cadre financier clair, fondé sur la preuve de valeur des projets dans une logique capacitaire et sur des règles de financement explicites entre DSI, directions métiers et direction générale.

Plus concrètement, que comprenait le Programme Data 2025 ?

Le premier élément est autour du datacatalog avec de la méthodologie et des processus. Il s’agit avant tout d’analyser systématiquement les enjeux data sur chaque projet. Nous cartographions également la donnée stratégique, là où il y a de la valeur. Cela n’a pas de sens de tout cataloguer.

La Data Visualisation Self-Service repose aujourd’hui sur Power BI. Mais le process reste même si, demain, l’outil change.

Au-delà de la structuration des outils et des processus, l’un des piliers majeurs du programme a été l’acculturation. La création d’une Data Academy interne a permis d’adresser l’ensemble des collaborateurs concernés par la donnée, avec des parcours différenciés selon les usages et les niveaux de maturité. Du simple utilisateur occasionnel à l’expert métier, chacun peut monter en compétence dans un cadre commun. Cette approche progressive a été déterminante pour l’adoption des outils de BI self-service et, plus récemment, pour l’acculturation à l’IA générative.

Quel bilan tirez-vous à date de ce programme ?

Aujourd’hui, le bilan est clair : les objectifs fixés ont été atteints. Les besoins métiers sont couverts, la gouvernance est en place, la Data Academy fonctionne, et la data est désormais perçue comme un actif structurant. Le programme est clos, non parce que la transformation est terminée, mais parce que les fondations sont solides.

Quelles sont les perspectives de votre approche ?

Les perspectives s’inscrivent désormais dans une nouvelle phase. L’ambition est de faire évoluer la Data Factory vers un modèle plus distribué, organisé en squads alignées sur les grandes fonctions métiers, tout en conservant un socle commun de standards et de processus. Le data catalog sera ouvert plus largement à l’ensemble des collaborateurs, et de nouveaux parcours de formation, notamment autour de l’IA, viendront enrichir l’offre existante. En parallèle, la fonction data continuera d’accompagner les grands projets structurants du groupe, qu’ils soient nationaux ou internationaux.

Au fond, la transformation menée par ADP repose sur un principe directeur : les outils évolueront, les technologies changeront, mais ce sont les processus, la gouvernance et les compétences qui garantissent la création de valeur durable. C’est cette conviction qui guide aujourd’hui la trajectoire data du groupe.

Podcast - ADP : la data pour surmonter la crise Covid

Le groupe ADP est un groupe aéroportuaire présent mondialement et notamment à Paris. Avec la crise sanitaire Covid-19, le groupe a amorcé un programme data pour trouver des gisements de performance. Zina Imegaline, Head of Data Factory & Data Management du groupe ADP, nous explique ce programme.

Article revu par ADP.