IAG : le cerveau manipulé
Nadia Guerouaou, docteure en neurosciences et psychologue clinicienne, vient de publier « Notre cerveau sous influence » aux Editions Eyrolles. A l’heure de la réglementation sur l’IA variable selon ses impacts, voilà une analyse indispensable.
Si l’intelligence artificielle est consubstantielle à l’informatique depuis les origines, elle est surtout connue dans le grand public pour sa variante générative, l’IAG, depuis la mise à disposition de ChatGPT fin 2022. Depuis, l’IAG propose de nombreux et croissants usages, en génération ou transformation de textes, d’images voire de vidéos. La science-fiction nous a habitué à de multiples menaces émanant d’intelligences artificielles, de Skynet/Terminator à Bishop dans la saga Alien. Mais peut-être n’a-t-on pas vu venir une menace plus insidieuse que dénonce aujourd’hui Nadia Guerouaou dans « Notre cerveau sous influence - Comment les IA génératives façonnent nos émotions » qui vient de paraître aux Editions Eyrolles.
Nadia Guerouaou est docteure en neurosciences cognitives et psychologue clinicienne. Autrice d’une thèse sur les filtres vocaux, elle travaille sur les transformations de la voix dans le traitement du stress post-traumatique et intervient, en enseignement ou conférences, sur l’éthique de l’IA, la philosophie de l’innovation et les enjeux de l’intelligence artificielle. Dans « Notre cerveau sous influence - Comment les IA génératives façonnent nos émotions », elle soulève ainsi le problème de la fabrication ou de la transformation des émotions humaines à travers des filtres en IAG. Les filtres IAG vont bien plus loin que les filtres popularisés dès le milieu des années 2010 sur les réseaux sociaux pour ajouter des éléments (oreilles de chien sur un selfie…) : il s’agit bien de transformer une identité ou une expression voire de les créer. L’autrice cite ainsi le filtrage de l’expression de la colère des appelants dans un centre de contacts. « Une étude menée au Royaume-Uni en 2021 par la sociologue Rosalind Gill a révélé que 90 % des jeunes femmes appliquent des filtres de beauté ou modifient leurs photos avant de les publier sur les réseaux sociaux » est également mentionné dans l’ouvrage.
La multiplication des usages de l’IAG affecte bien notre image de soi mais aussi (surtout) la perception des autres. Ces perceptions modifient également les attentes dans la vie réelle. L’ouvrage, bien qu’abordant des sujets relevant de la psychologie, des neurosciences et de l’anthropologie, est écrit avec un vocabulaire compréhensible et une langue claire. Ce type de réflexions est aujourd’hui nécessaire à l’heure de la réglementation de l’IA et du début de prise de conscience de ses dangers potentiels sur le psychisme humain.
A propos de l’ouvrage
« Notre cerveau sous influence - Comment les IA génératives façonnent nos émotions », par Nadia Guerouaou (Editions Eyrolles, 268 pages, 19,90 euros)