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France Numérique Libre : les collectivités parlent aux collectivités pour une IT libérée


France Numérique Libre est un collectif sans personnalité morale pour échanger entre collectivités et établissements publics sur le logiciel libre. Directeur de la stratégie et de la culture numériques à la mairie d’Echirolles, Nicolas Vivant, qui l’a initié, nous explique son rôle et sa complémentarité avec d’autres initiatives associatives (Adullact, Tosit…) ou étatiques (ANCT, DINUM…).

Nicolas Vivant est directeur de la stratégie et de la culture numériques à la mairie d’Echirolles. - © D.R.
Nicolas Vivant est directeur de la stratégie et de la culture numériques à la mairie d’Echirolles. - © D.R.

Pouvez-vous nous présenter France Numérique Libre ?

France Numérique Libre est un collectif sans personnalité morale. Lancé officiellement en avril 2025, il regroupe des responsables informatiques de services publics locaux (communes, départements, régions, SDIS, parcs naturels, etc.). Nous voulons être un lieu d’échanges et de retours d’expériences autour du logiciel libre en général sur les outils, les bonnes pratiques, les prestataires (mettre en avant ceux dont nous sommes satisfaits)…

Pourquoi avez-vous créé un collectif et pas une association ?

Il existait déjà des associations, notamment l’Adullact (Association des Développeurs et des Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les Collectivités Territoriales). Mais adhérer à une association, pour une collectivité, est une démarche lourde avec un processus administratif très long. Pour une commune, cela suppose une délibération en conseil municipal. Avec les aléas politiques que cela implique. Un simple collectif destiné aux responsables informatiques évite ces lourdeurs.

Nous avons travaillé six mois en amont de la création du collectif pour en fixer l’organisation. Nous avons voulu que le collectif ne soit dépendant d’aucun membre, chacun pouvant se retirer n’importe quand. Nos outils (dont notre site web) sont hébergés à titre gracieux par l’Adullact, ce qui nous évite d’être soumis aux aléas de la vie politique.

Pour quelles raisons un tel collectif était-il nécessaire ?

L’Adullact est une association qui propose des services à ses adhérents. Un collectif est par nature ouvert. Le problème est d’abord de faciliter la veille technologique et de s’informer sur les solutions disponibles pour répondre aux besoins ou résoudre nos problèmes.

Il existait auparavant un collectif similaire, Alpes Numérique Libre, pour les collectivités de la région. Mais les collectivités qui nous rejoignaient étaient de plus en plus éloignées géographiquement. Dès lors, il était évident qu’il fallait changer d’échelle. Nous avons donc créé France Numérique Libre. Comme nous n’avions plus la proximité géographique, il était nécessaire de nous outiller pour nos échanges.

Avec la croissance du nombre de membres, le collectif a vu aussi s’accroître le nombre de ses partenaires. Parmi ceux-ci, il y a évidemment l’Education Nationale (partenaire très important pour toutes les collectivités) mais aussi l’ANCT (Agence Nationale pour la Cohésion des Territoires), la DINUM (Direction Interministérielle du Numérique) et l’Adullact. Notre démarche a d’ailleurs été co-construite avec ces partenaires.

Qui est membre du collectif ?

Aujourd’hui, nous avons environ 350 participants de 250 collectivités, y compris de La Réunion, de Guyane ou de Guadeloupe. Sur notre site, une carte permet de suivre où se trouvent nos membres.

Quels sont vos liens avec les autres initiatives ?

Nous n’avons pas de travail particulier avec les associations comme l’Adullact mais celle-ci, comme la DINUM, l’ANCT ou l’Education Nationale sont des partenaires importants. L’Education Nationale fait participer un représentant du réseau des DSI académiques. De même, l’ANCT et la DINUM délèguent leur responsable habituellement en relation avec les collectivités.

L’ANCT propose la Suite Territoriale (différente de la la Suite Numérique de la DINUM) qui peut être hébergée sur des serveurs divers (notamment de syndicats mixtes, d’intercommunalités…). Celle-ci intégrera au 1er semestre 2026 un agenda partagé. La Suite Territoriale est certifiée par l’ANSSI.

En France, il y a 35 000 communes mais 33 000 ont moins de 5000 habitants et n’ont pas de DSI. Ces petites communes utilisent généralement une adresse mail gratuite, sans nom de domaine propre… L’idée de la Suite Territoriale est de sécuriser tout cela. La DINUM, elle travaille pour la fonction publique d’État. Sa Suite Numérique étant open-source, elle peut être déployée dans les grandes collectivités.

Quelles sont vos actions ?

Nous avons présenté notre initiative au dernier Congrès des Maires. Nous procédons surtout à des échanges par mail ou en visio. Si un besoin s’en fait sentir, il peut y avoir des groupes de travail pour des échanges spécifiquement autour d’un produit ou d’un besoin. L’idée est de s’organiser collectivement pour faire émerger des solutions en logiciel libre.

Pour la gestion des cimetières (une des missions des communes), il existe la solution OpenCimetiere. Mais, pour la gestion de l’Etat-Civil, il n’existe rien d’équivalent. Il n’y a d’ailleurs que deux logiciels commerciaux, l’un d’Arpège l’autre de Berger-Levrault. Nous réfléchissons à un mode d’action. Peut-être pourrait-on procéder par un développement partagé avec un appel d’offres commun. Le groupement de commandes est une possibilité mais pas la seule.

Et quelles sont vos perspectives ?

Nous n’existons que depuis neuf mois. Notre perspective est donc d’abord de nous agrandir et de nous faire connaître au-delà des cercles militants. Parfois, les collectivités choisissant l’open-source avaient l’impression d’être seules.

Nous souhaitons également devenir un interlocuteur pour l’État quand il s’agit de politique numérique dans les collectivités locales.


En savoir plus

- Site web du collectif.