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Axel Jacquet (DSI, Apprentis d’Auteuil) : « nous accompagnons nos petits fournisseurs »

Par Bertrand Lemaire | Le | Achat it

La fondation reconnue d’utilité publique Apprentis d’Auteuil est dédiée à l’enfance avec de nombreux métiers. A côté de logiciels standards du marché, certains métiers requièrent des outils édités par des prestataires insuffisamment matures pour des organisations de cette taille. Axel Jacquet, DSI d’Apprentis d’Auteuil, explique comment il accompagne ceux-ci.

Axel Jacquet, DSI des Apprentis d’Auteuil, veut aider ses fournisseurs à grandir en maturité lorsque - © Apprentis d’Auteuil / Thomas Léaud
Axel Jacquet, DSI des Apprentis d’Auteuil, veut aider ses fournisseurs à grandir en maturité lorsque - © Apprentis d’Auteuil / Thomas Léaud

Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer comment la DSI est organisée au sein de la fondation Apprentis d’Auteuil ?

Axel Jacquet : Comme toutes les fonctions transverses, la DSI est rattachée au Secrétariat Général. La DSI incarne une fonction régalienne par excellence et les établissements n’ont, en la matière, que peu d’autonomie. Mais les collaborateurs sont ravis d’être déchargés d’une fonction à la complexité croissante, tant au niveau technique que juridique (RGPD…). Avec l’appui de Wavestone, nous avons formalisé un catalogue de services. Ce terme n’est pas à comprendre avec le sens ITSM. Il s’agit d’un document de référence, d’une cinquantaine de pages, pour expliquer aux directeurs d’établissements (notamment les nouveaux) les services apportés par la DSI, les procédures à suivre pour en bénéficier et les bons contacts. Cette formalisation a été très intéressante pour clarifier ce que l’on fait et comment.

A propos des Apprentis d’Auteuil

En 1866, l’Abbé Roussel a créé l’Œuvre de la Première Communion pour recueillir six orphelins parisiens. Petit à petit a été constituée une fondation reconnue d’utilité publique en 1929, dénommée en premier lieu « Orphelins Apprentis d’Auteuil » puis, aujourd’hui, « Apprentis d’Auteuil ». Cette fondation accompagne en effet des enfants (et de plus en plus les familles), orphelins (5 % des jeunes) ou non, dans le cadre de la protection de l’enfance. Ses ressources relèvent à la fois de la générosité du public (notamment des legs et des dons) et du financement public (aide à l’enfance…). Apprentis d’Auteuil héberge également des « fondations abritées » (sans personnalité morale propre) relatives à la protection de l’enfance, par exemple celle issue du leg du peintre et dessinateur d’origine japonaise Tsugouharu (Léonard) Foujita.

La fondation connait une croissance de 5 à 7 % de son activité chaque année, en nombre de jeunes accueillis comme en budget. En 2022, son budget est de l’ordre de 400 millions d’euros. Le site historique d’Auteuil, dans le seizième arrondissement de Paris, demeure le siège de cette fondation qui dispose aujourd’hui, en France, de 240 sites où 6700 collaborateurs s’occupent de plus de 30 000 jeunes et 6 000 familles. En matière d’enseignement, la fondation forme 9000 élèves, le plus souvent en situation de décrochage scolaire, du primaire aux lycées professionnels, l’internat n’étant pas systématique. A l’international, la fondation anime un réseau de partenaires aidant plus de 15 000 jeunes et familles dans une trentaine de pays.

 

Comment est structuré votre système d’information ?

Autant que possible, nous privilégions le SaaS et les progiciels du marché. Parfois, sur des domaines de niche, sur nos cœurs d’activité, les logiciels n’existent qu’en on premise. Et, parfois, les SaaS de petits éditeurs ne sont pas satisfaisants et nous faisons le choix d’une installation on premise dans nos datacenters sécurisés conçus en 2017 avec Jaguar Networks. En 2021, nous avons déployé Cornerstone pour gérer nos talents. Un tel éditeur ne pose bien sûr pas de souci majeur. Actuellement, nous déployons Nemoweb en SaaS également.

Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

Nemoweb vient remplacer une solution développée en interne pour notre activité principale, la protection de l’enfance. 85 établissements et 2500 salariés sont directement concernés par ce projet. Notre ancienne solution était très orientée vers la gestion administrative et à la facturation aux financeurs. En plus de ces fonctions, Nemoweb apporte un vrai outil métier pour suivre l’agenda de chaque jeune et celui du lieu de vie, gérer l’argent de poche et le budget vêtements, gérer le dossier dématérialisé de chaque jeune… Au premier semestre 2022, nous avons déployé la solution auprès de cinq établissements pilotes. Les retours terrains ont été très positifs. Nous menons donc actuellement une généralisation avec une migration de quatre à six établissements ou dispositifs d’accompagnement (qui se différencie des établissements par l’absence d’hébergement) par mois. La fin du déploiement est prévue pour courant 2024.Nous sommes devenus le plus gros client de l’éditeur.

Vous avez dit que certains éditeurs ne vous donnaient pas satisfaction pour un SaaS. Comment procédez-vous avec des prestataires qui sont plutôt habitués à des structures bien plus petites que la fondation Apprentis d’Auteuil ?

Nos demandes sont en effet souvent plus pointues que celles d’organisations plus petites. Mais, en retour, elles intéressent fréquemment l’ensemble des clients. Et, de ce fait, l’éditeur se sert de celles-ci pour définir une feuille de route à l’évolution de son produit ou de son service. Nous menons autant que possible une co-construction avec le prestataire en nous inscrivant dans une double démarche de security by design et de privacy by design. Lors d’un appel d’offres, nous incluons toujours des questionnaires pour les fournisseurs conçus par notre RSSI et notre DPO. Nous cherchons à lever toutes les zones d’ombre. Notre objectif est de permettre la mise en œuvre de la solution ayant eu la préférence du métier en évitant un veto du RSSI ou du DPO. Donc, en cas de difficulté, nous cherchons à accompagner l’éditeur pour qu’il puisse se mettre en conformité. Travailler avec de petits éditeurs a certes des inconvénients, car ils sont souvent peu structurés, mais aussi des avantages. Ils sont plus agiles et plus prêts à écouter nos demandes. Il est vrai que nous sommes davantage en position de nous faire entendre par la taille de notre organisation. Enfin, l’éditeur apprécie de pouvoir progresser grâce à notre aide. Avec quelques années de recul, il est clairement plus difficile de faire bouger de gros éditeurs. Certes, ils ont une structure, des documentations précises… mais au moindre problème ou questionnement (par exemple sur le RGPD), il est nettement plus compliqué de se faire entendre et de les faire réagir. Les faire bouger, c’est déplacer une montagne pour la moindre modification contractuelle, avec parfois le besoin de dialoguer avec le siège mondial.

Vous disposez de nombreuses données. Comment rassurez-vous les financeurs, qu’il s’agisse de donneurs d’ordres publics ou de donateurs privés ?

Nous effectuons ce que nous nommons des « mesures d’impact social ». Nous confions à un cabinet externe une analyse qualitative et quantitative sur une nature de dispositif afin d’en mesurer l’impact réel. Par exemple, nous avons procédé à une telle mesure sur les Maisons des Familles. Ces structures ouvertes d’accueil de familles en difficultés ont ainsi pu démontrer le bénéfice social apporté. De même, le dispositif Touline qui permet un accompagnement des jeunes majeurs pour éviter que, le jour de leur dix-huitième anniversaire, ils ne se retrouvent à la rue, a lui aussi prouvé son efficacité. Un dernier exemple : les relais familiaux présents à Nantes et Bordeaux. Il s’agit de logements pour accueillir, de six à douze mois, les enfants avec leurs parents lorsque les enfants sont à la limite du placement. Le but est de stabiliser les cellules familiales, de les accompagner dans les démarches administratives et dans le retour à l’emploi. Là aussi, le dispositif a démontré son efficacité et l’atteinte de ses objectifs. Nous sommes, aujourd’hui, sur de telles analyses externes ponctuelles. Nous utilisons peu nos données pour du reporting, établir des corrélations, des tendances de l’impact de telle ou telle mesure. C’est un sujet pour les années à venir. Mais une telle approche heurte la vision des professionnels du secteur qui estiment que chaque jeune est unique. Ils n’aiment donc pas que des jeunes soient rangés dans des cases, réduits à des chiffres bruts en gommant des réalités très différentes. Les financeurs sont séduits par les modèles alternatifs dont j’ai parlé, souvent bien moins coûteux que le placement. Mais il serait difficile de retrouver les résultats riches et concluants de ces dispositifs dans des chiffres bruts.

 

Appel aux ESN pour une « Ecole 42 » du support IT

Certains jeunes accueillis par la fondation Apprentis d’Auteuil ont une appétence pour le numérique, sachant déjà procéder à de petits dépannages. Mais ils ont en revanche souvent des difficultés à s’inscrire dans un parcours académique et à décrocher des diplômes comme un BTS.

Or le BTS est souvent la porte d’entrée pour des fonctions de support. Côté développeurs, l’Ecole 42 a su fournir un parcours adapté à ce genre de profils. Pour Axel Jacquet, il manque un équivalent pour les fonctions de support IT. Pourtant les ESN se plaignent souvent d’avoir du mal à recruter pour ces fonctions.

Axel Jacquet aimerait donc lancer un appel aux ESN afin qu’elles s’engagent au côté de la fondation Apprentis d’Auteuil dans une co-construction d’un parcours non-académique. La fondation pourrait apporter l’accompagnement des jeunes, les « soft skills », à charge pour l’ESN partenaire de former les jeunes sur le plan technique pour qu’ils puissent fournir un support de niveau 1.

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