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Grégoire Genest (Albert School) : « nous réconcilions excellence et professionnalisation »

Par Bertrand Lemaire | Le | Formation

Se présentant comme la première école business et data, l’Albert School entend disrupter HEC. Grégoire Genest, DG cofondateur, nous la présente.

Grégoire Genest est directeur général et cofondateur de l’Albert School. - © D.R.
Grégoire Genest est directeur général et cofondateur de l’Albert School. - © D.R.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots l’Albert School ?

L’école a été fondée en novembre 2021 et sa première rentrée vient d’avoir lieu, le 19 septembre 2022. Nous sommes trois associés opérationnels : Matthieu Heurtel, Mathieu Schimpl et moi. Nous avons, en plus, des associés issus de grandes entreprises ou de licornes comme Xavier Niel, Bernard Arnault, les patrons de Veepee, Mano-Mano, etc.

Comme ils ont besoin des profils que nous formons, ils investissent. En effet, toutes les entreprises qui nous soutiennent se veulent « data driven » et font donc reposer leur business sur la data.

L’Albert School est la première école hybride business et data. Nous cassons la dichotomie école de commerce / école d’ingénieurs. Cette dichotomie a des raisons historiques mais, aujourd’hui, les deux doivent se rapprocher. Les cadres dirigeants doivent comprendre ce qu’est le cloud, ce qu’est la data… Nous formons les leaders de l’économie de demain.

Notre campus est installé rue de Paradis, à Paris, sur 2500 m² qui étaient jadis utilisés par Le Manoir de Paris. Il est, selon nous, important de proposer aux élèves un cadre stimulant et où l’on se sent bien, où l’on a envie de travailler. Avoir un campus bien implanté est indispensable quand on a l’ambition de disrupter HEC.

Quels parcours et diplômes proposez-vous ?

Nous proposons un bachelor et un master. Ce sont des titres en cours d’homologation au RNCP. Nous y ajoutons un « programme grande école » qui associe les deux pour répondre à une demande des parents qui souhaitent que leurs enfants s’engagent dans une filière de cinq ans après le bac. Mais ce programme est bien l’association du bachelor et du master et cela revient donc au même. Nous voulons être transparents, c’est une ligne de conduite impérative chez nous.

De la même façon, nous sommes clairs sur les profils que nous cherchons à former, comment, avec quels moyens et quels enseignants. En France, la moitié des étudiants change d’orientation un an après le bac. C’est un effroyable gâchis que nous voulons éviter en faisant moins de communication, moins de marketing et en ayant plus de fond.

Pour votre première rentrée, qui sont vos étudiants ?

Nous accueillons à ce jour 33 étudiants en première année de bachelor. 23 sortent directement du bac, 10 se sont réorientés. Parmi ceux-là, certains sortent de classes préparatoires où, certes, ils appréciaient les mathématiques mais pas d’autres disciplines dédiées au seul métier d’ingénieur. D’autres viennent d’écoles de commerce où ils n’ont trouvé soit pas assez de fond soit pas les bases techniques indispensables aujourd’hui (SQL, Python…).

Combien coûtent les études ?

Le bachelor se fait en formation initiale seulement et coûte 12 000 euros par an. Le master est destiné à être suivi en alternance, donc ne coûtera rien aux élèves. Plusieurs spécialités seront proposées en master : data et business (la plus généraliste), data et marketing, data et finances, data et sustainability…

Dix élèves bénéficient de bourses payant de la moitié à la totalité des frais de scolarité. Ces bourses ont été offertes, sans compensation ou engagement, par BCG Gamma, Capgemini et Carrefour.

C’est étonnant d’offrir des bourses sans même demander en retour un stage…

Non. L’école est là pour former des profils qui vont rentrer en entreprises, qui répondent à une pénurie sur le marché du travail. C’est l’intérêt des entreprises d’aider à la formation de ces profils.

La professionnalisation est trop souvent vue en France comme antinomique à l’excellence. Nous, nous réconcilions excellence et professionnalisation. L’excellence, c’est un niveau d’exigence sur les profils des élèves et sur leur travail ainsi qu’un haut niveau sur l’enseignement. La professionnalisation, c’est d’offrir les compétences nécessaires aux entreprises avec une culture d’entreprise, pas une culture d’école. Par exemple, les entretiens de fin d’année sont comme ceux que l’on pourrait avoir avec un collaborateur, à double-sens, ce n’est pas un conseil de classe. Nous voulons habituer les étudiants à une attitude qui est celle attendue en entreprises. De la même façon, si un étudiant est absent ou en retard, nous traitons la question comme si c’était un collaborateur.

De gauche à droite : Matthieu Heurtel, Grégoire Genest et Mathieu Schimpl. - © Albert School
De gauche à droite : Matthieu Heurtel, Grégoire Genest et Mathieu Schimpl. - © Albert School

Quels sont les enseignements proposés ?

En première année, il y a 8 heures de mathématiques, 8 heures de data (Excel, SQL, Python, applications pratiques d’algorithmes étudiés sous un angle théorique en mathématiques…), 2 heures de finances, 2 heures de stratégie, 2 heures d’économie, des heures d’« humanités » (philosophie, géopolitique, etc. par séquences thématiques de quelques semaines), de l’Anglais (notamment avec des cours en one-to-one)… Sur chaque année, nous associons trois types d’enseignements : les mathématiques, la technique et le business au sens large.

Huit entreprises de divers secteurs (Carrefour, LVMH, la start-up WeMaintain, le Ministère des Armées…) interviennent au fil de l’année par périodes de trois semaines chacune. Elles viennent avec une problématique et font intervenir des représentants de plusieurs métiers afin de faire le lien entre les différentes matières. Par exemple, Carrefour est venu avec dix-huit millions de lignes de tickets de caisse et il s’agissait, pour les étudiants, de trouver une stratégie pour accroître les ventes de chocolat.

Finalement, quelle est votre originalité ?

Les grandes écoles françaises (le Top 5 des écoles d’ingénieurs ou de commerce) ont toutes plus d’un siècle d’existence et elles n’ont pas évolué comme les besoins des entreprises. Jadis, les entreprises attendaient de leurs cadres qu’ils suivent des process. Aujourd’hui, elles ont besoin de trouver des solutions agiles.

S’il existe une forte concurrence entre écoles de commerce ordinaires, il n’y en a pas, en fait, sur le haut du tableau. Personne n’avait encore cherché à concurrencer HEC ou l’ESSEC avec une formation plus adaptée aux attentes actuelles des entreprises mais la même excellence.

Une orientation pas si unique

Si l’Albert School est un « pure player » de la formation data et business, cet établissement n’est pas la seule formation associant ces deux dimensions. La vénérable IESEG (Institut d’Economie Scientifique et de Gestion), fondée en 1964 au sein de l’Université Catholique de Lille, propose ainsi depuis son origine un programme d’école de commerce post-bac et Bac+5 mais avec une forte dimension en statistiques, mathématiques et, désormais, algorithmie et informatique (SQL, Python…). D’autres établissements montent des partenariats pour aller dans le même sens, par exemple HEC et Polytechnique.

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